Algérie : Bouteflika renonce à un 5ème mandat, des réactions contrastées

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Le président algérien, confronté à une contestation inédite en 20 ans de pouvoir, a renoncé à briguer un cinquième mandat. L’élection présidentielle d’avril est reportée.

Abdelaziz Bouteflika renonce. Le président algérien a décidé mardi de ne pas briguer un cinquième mandat, après plus de deux semaines de contestation populaire. Le chef d’État, au pouvoir depuis 1999, a également annoncé le report de l’élection présidentielle du 18 avril prochain. Le scrutin aura lieu après une « conférence nationale » chargée de réformer le système politique et d’élaborer un projet de nouvelle Constitution d’ici la fin de l’année 2019.

Bouteflika renonce à un cinquième mandat et annonce le report de la présidentielle

La pression populaire a finalement contraint Abdelaziz Bouteflika à renoncer à briguer un cinquième mandat. Le président algérien est confronté à une contestation inédite depuis son accession au pouvoir en 1999. Dans un message à la nation, Bouteflika s’est engagé « à remettre les charges et les prérogatives de président de la République au successeur que le peuple algérien aura librement élu », prolongeant de fait son actuel mandat.

Le président algérien a également annoncé le report de la présidentielle, prévue le 18 avril prochain. Il a précisé que le scrutin aura lieu après une période de transition, « dans le prolongement » d’une « conférence nationale » chargée de réformer le système politique et d’élaborer un projet de Constitution d’ici fin 2019. La date de cette prochaine élection présidentielle sera fixée par cette « conférence nationale ».

Parallèlement à ces annonces, Abdelaziz Bouteflika a limogé l’impopulaire Premier ministre Ahmed Ouyahia, remplacé par Noureddine Bedoui, jusqu’ici ministre de l’Intérieur. D’autres changements pourraient intervenir au sein du gouvernement dans les jours à venir, selon des médias algériens.

Une annonce accueillie avec de la joie et de la prudence

Dans la foulée de cette annonce, de nombreuses manifestations de joie ont éclaté dans le pays, notamment au centre-ville d’Alger, comme en attestent plusieurs vidéos publiées sur les réseaux sociaux. Les Algérois se sont cependant montrés prudents, disant « attendre la suite ». « On est là pour fêter la non-réélection du président de la République. Mais attention, il faut rester vigilant, ce n’est pas fini », a déclaré un Algérien au micro d’Europe 1. « On va attendre la suite, pour voir si c’est un vrai changement », a poursuivi une femme.

A Annaba, quatrième ville du pays, très mobilisée dans le mouvement de contestation, « le sentiment des gens est mitigé, pour eux c’est une demi-victoire ou une victoire confisquée », a expliqué à l’AFP un journaliste sur place. Sur les réseaux sociaux, se propage un message disant « Non à l’arnaque du peuple, rendez-vous le 15 mars » pour un quatrième vendredi consécutif de manifestations. Le dessinateur de presse Ali Dilem, observateur incisif de la vie politique algérienne, a résumé dans un dessin publié sur Twitter la nouvelle équation. Sous le titre « Bouteflika renonce à un 5ème mandat de cinq ans », on y voit le chef de l’Etat dire « à la place, je ferai un 4ème mandat de 10 ans »

La France « salue » la décision de Bouteflika

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a « salué » la décision du président algérien. « Je salue la déclaration du président Bouteflika par laquelle il annonce ne pas solliciter un cinquième mandat et prendre des mesures pour rénover le système politique algérien », a déclaré le ministre. « Au lendemain des grandes manifestations, qui se sont déroulées dans le calme et la dignité à travers toute l’Algérie, la France exprime l’espoir qu’une nouvelle dynamique à même de répondre aux aspirations profondes du peuple algérien puisse s’engager rapidement », ajoute le chef de la diplomatie française.

« C’est un moment historique pour l’Algérie. Il y a eu des manifestations monstres dans toute l’Algérie depuis trois semaines. Jusqu’ici, le pouvoir ne cédait pas face à la rue. En 2001, d’importantes manifestations de kabyles avaient été fortement réprimées et le gouvernement n’avait pas accédé aux revendications », a analysé sur Europe 1 l’historien Benjamin Stora, auteur du livre La guerre d’Algérie vue par les Algériens. 

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