En quittant la Bourse, Tesla s’affranchirait de la pression des marchés

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Le retrait possible de Tesla de la Bourse, évoqué mardi par son emblématique PDG Elon Musk, est susceptible d’alléger la pression des marchés sur le constructeur de véhicules électriques haut de gamme mais il va coûter cher.

Tesla en Bourse

Tesla a fait son entrée à Wall Street en 2010, sept ans après sa création, sur la plateforme boursière Nasdaq, où l’action s’échange sous le symbole «TSLA».

Comme toute entreprise sollicitant les marchés, cette transaction lui a permis de lever des fonds nécessaires à son développement.

Les promesses de M. Musk de révolutionner la voiture de demain ont alimenté l’ascension boursière de Tesla, devenu plus cher en Bourse (64 milliards de dollars mercredi) que General Motors (53 milliards) qui produit pourtant près de 10 millions de voitures par an contre à peine 100.000 pour le petit poucet. GM gagne également des milliards de dollars contre zéro pour Tesla.

Pourquoi quitter la cote ?

Une entreprise cotée en Bourse doit répondre à des obligations légales liées à la transparence.

Elle doit publier tous les trois mois des résultats, sorte de bilan de santé trimestriel très attendu par les marchés.

Si les chiffres sont bons, généralement l’action monte. Par contre si les chiffres déçoivent, l’action est susceptible de baisser.

Pour Tesla, qui promet de gros bénéfices sur le long terme, se poser la question de comment faire pour satisfaire le marché sur un trimestre est un casse-tête.

«Cela les force à adopter une politique industrielle à court terme alors que leurs plans sont sur le long terme», explique Gregory Volokhine, expert chez Meerschaert.

Pour l’expert, en n’étant plus sous le regard de la Bourse, Tesla peut penser au long terme sans avoir à subir les conséquences des déceptions à court terme.

Le deuxième avantage est l’argent.

Tesla brûle beaucoup d’argent et il n’a pas assez de cash pour financer ses ambitions. Fin juin, ses flux de trésorerie disponible s’élevaient seulement à 2,24 milliards de dollars. Or, l’entreprise brûle entre 700 millions et un milliard de dollars par trimestre.

Tôt ou tard, la compagnie risque de se retrouver à court de liquidités. Que fera-t-elle à ce moment-là ?

Les experts avancent deux hypothèses: soit Tesla va augmenter son endettement, ce qui est toujours négatif pour l’action. Soit, elle augmente le nombre d’actions, ce qui qui dilue la valeur pour les actionnaires actuels, donc la fortune d’Elon Musk, qui détient 20% du capital.

Hors Bourse, Tesla n’aurait plus à répondre de ces questions. Quitter la cote permettrait d’éviter d’étaler ces besoins de financement sur la voie publique, ce qui pèse toujours sur le titre.

Un retrait est-il faisable ?

Elon Musk doit trouver le financement pour réaliser ce retrait. Dans sa salve de tweets mardi, il a affirmé en disposer sans donner davantage de détails. Certains actionnaires ont déjà dit qu’ils le suivraient.

Cela ne sera pas une mince affaire car il lui faudra réunir environ 70 milliards de dollars. D’après des sources bancaires, les grands établissements américains ne se bousculent pas pour lui avancer cette somme car les revenus actuels de Tesla ne sont pas suffisants pour garantir que l’argent avancé sera bien remboursé.

L’une des hypothèses les plus avancées est que ce sera un financement non traditionnel. Il pourrait recourir au rachat par LBO (leverage buy out) via un holding créé spécialement pour racheter Tesla en empruntant massivement de l’argent.

Y a-t-il des risques pour Elon Musk ?

Le milliardaire risque gros personnellement car sa fortune est étroitement liée à Tesla.

Mardi, Tesla a gagné quelque 8 milliards de dollars de capitalisation boursière, dont 1,43 milliard pour M. Musk. Mais des questions émergent.

«Toute cette histoire n’est-elle pas destinée à faire monter le cours de l’action pour lui permettre de lever du cash dont il a besoin ?», s’interroge Gregory Volokhine alors que les autres constructeurs comblent leur retard sur Tesla.

Porsche, Jaguar, BMW, Mercedes-benz promettent des modèles 100% électriques et truffés de technologies dans les prochains mois, tandis que GM ambitionne de commercialiser un véhicule autonome dès 2019, une première.

Pour David Whiston de MorningStar, il est possible également qu’Elon Musk «veuille faire du mal aux vendeurs à découvert», qui spéculent sur la chute de son groupe. Ces financiers ont déjà perdu plus de 4,4 milliards de dollars depuis janvier suite au bond boursier de Tesla, calcule le cabinet S3 Partners.

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