Foot à la TV: les femmes encore trop souvent sur la touche

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Si les voix féminines se font de plus en plus entendre dans le football à la TV, le commentaire des matches reste encore la chasse gardée des hommes en France. Question de «timbre de voix» ou vrai sexisme dans les tribunes de presse?

Le commentateur de M6 Denis Balbir s’est déclaré mardi «contre» une femme «qui commente le foot masculin».

«Elle ne pourra jamais avoir le timbre de voix… Dans une action de folie, elle va monter dans les aigus», a lancé le journaliste sur le site de TV Magazine, avant de regretter quelques heures plus tard «une mauvaise interprétation de (ses) propos» face aux nombreux commentaires suscités par sa remarque.

A l’étranger, les femmes sont de plus en plus présentes au micro. Pendant la Coupe du monde, cet été, les matches ont ainsi été commentés par Vicki Sparks au Royaume-Uni, Hanna Marklund en Suède ou encore Aly Wagner aux États-Unis.

Dans un milieu du football encore très masculin, elles ont parfois fait l’objet d’attaques sur internet. «Éduquez-vous, élargissez votre esprit, et apprenez à tolérer d’autres attitudes», leur avait répliqué la commentatrice allemande Claudia Neumann dans le journal Die Welt, conseillant à ceux qui ne voulaient pas l’entendre de «simplement couper le son».

«Excuse fallacieuse»

«Qu’il s’agisse de commentatrices ou de joueurs homosexuels ou de footballeurs issus de l’immigration, certaines personnes ne semblent pas vouloir accepter que la société évolue», selon Claudia Neumann.

En France, la journaliste de beIN Sports Anne-Laure Bonnet a vertement répondu à Denis Balbir en lui demandant de ne pas cacher sa «misogynie» derrière «l’excuse fallacieuse du timbre de voix».

«Être un homme ne donne pas des compétences particulières en foot!», appuie, en écho, Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes.

«Quand on entend Clara Paban, Claire Arnoux ou Isabelle Ithurburu parler de foot ou de rugby, on comprend qu’il y a des journalistes sportives femmes tout aussi compétentes que les hommes», souligne auprès de l’AFP cette fan de rugby.

«C’est important aussi de montrer aux supportrices qu’elles ne sont pas exclues», ajoute Mme Schiappa.

Depuis les chroniques pionnières dans «Téléfoot» de Marianne Mako, les femmes ont conquis du terrain dans le football. A l’écran avec une visibilité de plus en plus importante des rencontres féminines mais aussi dans les tribunes de presse et sur les plateaux TV des émissions sportives.

L’Equipe pionnière

Il n’y en a pourtant qu’une aujourd’hui à commenter les matches de foot: Candice Rolland officie depuis septembre sur la chaîne L’Équipe pour les matches internationaux, après quelques premiers matches commentés par des femmes sur D8 ou Orange.

«Les femmes ont plus de difficultés à se faire une place dans la société en général, pas particulièrement dans le journalisme de sport», a-t-elle assuré dans Télérama. «C’est juste qu’elles n’ont pas vraiment l’idée d’aller vers le commentaire».

Quant au timbre de voix, l’argument avancé par Denis Balbir, «contrôler sa voix tout en essayant de faire passer des émotions demande beaucoup de travail», a souligné la commentatrice.

«L’argument de la voix est valable aussi pour un homme. Tout le monde doit travailler pour poser sa voix», remarque de son côté le directeur de la rédaction de beIN, Florent Houzot. Si de nombreux téléspectateurs sont habitués aux voix masculines, «les habitudes peuvent changer», affirme ce dirigeant de la chaîne diffusant la Ligue 1.

Il y aura «un jour» une femme aux commentaires sur beIN, comme sur les autres chaînes, ajoute-t-il. La journaliste Margot Dumont y a déjà commenté quelques matches de Ligue Europa.

Une des voix historiques du commentaire footbalistique en France, Michel Drucker, assure à l’AFP qu’il n’aurait «pas été mécontent» de travailler avec une femme. «Moi qui ai commenté cinq Coupes du monde, si j’avais eu à mes côtés une femme pour travailler en duo, cela m’aurait plu.»

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