France: Deschamps, l’homme des sommets

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Et une finale de plus: Didier Deschamps est devenu au Mondial-2018 le premier sélectionneur de l’équipe de France guider les Bleus vers deux finales consécutives de grands tournois, un exploit déjà réalisé comme capitaine à la fin du siècle dernier.

Ses Bleus ont dominé la Belgique mardi à Saint-Pétersbourg (1-0) et ont désormais rendez-vous dimanche à Moscou, contre le vainqueur du match Croatie-Angleterre disputé mercredi dans la capitale russe.

L’enchaînement 1998-2000 avait été glorieux, avec le premier sacre français au Mondial puis le second Championnat d’Europe, après celui de la génération Platini en 1984.

Deschamps était alors capitaine, surnommé «la Dèche», et avait, ironie de l’histoire, achevé la traversée du désert bleu, marqué notamment par le cauchemar bulgare de 1993, en soulevant la Coupe du monde à l’issue d’une finale rêvée (3-0 contre le Brésil du «Fenomeno» Ronaldo, à Saint-Denis). Et il avait pris sa retraite internationale sur le titre européen en 2000.

Bonne étoile

Le milieu défensif était déjà entré dans l’histoire du foot français en étant, en 1993, le capitaine de la première équipe française à remporter la Ligue des champions, Marseille contre l’AC Milan en finale (1-0).

La différence, c’est que la finale de l’Euro-2016 a été perdue (1-0 a.p. face au Portugal de Cristiano Ronaldo). «Ceux qui y étaient l’ont digérée mais ça fait toujours mal, on est passé à côté de quelque chose d’extraordinaire, parce que l’opportunité d’être champion d’Europe, ça peut se présenter plusieurs fois, mais quand elle se présente une fois, il faut la saisir», avait-il regretté lundi.

Et dès le coup de sifflet final, alors qu’il était encore sur la pelouse de Saint-Pétersbourg, il a enfoncé le message: «Une finale, cela se gagne, oui. Parce que celle qu’on a perdue il y a deux ans, on ne l’a toujours pas digérée».

Un nouveau revers dimanche teinterait forcément d’une ombre son image de «Père la Victoire», sur le thème entraîneur toujours finaliste, jamais vainqueur. Ou du moins, si l’on affine, un entraîneur qui gagne ses finales dans les coupes mineures (quatre Coupes de la Ligue à la tête de Monaco et Marseille) mais pas dans les plus prestigieuses (revers monégasque en Ligue des Champions en 2004 et bleu à Euro-2016).

Son image ? Il l’avait évoquée lundi dans un sourire: «Ça n’a pas d’emprise sur moi, je ne suis pas très… pas vraiment… même pas du tout attaché à mon image». Voire: s’il dit ne rien lire, il sait tout, constamment attentif à contrôler tous les paramètres de son environnement.

Tout pour la gagne

A 49 ans, il croit mordicus en sa bonne étoile. Interrogé sur l’expression qui fait florès, «la chance à DD», parfois dans un versant plus félin, il ne l’avait pas niée lundi, mais y avait corrélé la notion de travail: «Que je sois souvent au bon endroit au bon moment, c’est probable, je n’ai pas à me plaindre. Il y a certainement mieux que moi, il doit y avoir pire aussi. Je sais, et j’associe évidemment l’ensemble de mon staff, tout le travail qui est fait. Il y a des exigences qui sont là, c’est ce qui me plaît».

Le parcours n’a pas toujours été aisé: Deschamps était proche de la sortie avant le barrage retour du Mondial-2014 (victoire 3-0 contre l’Ukraine) et n’aurait sans doute pas résisté à une élimination dès les 8e de finale contre l’Argentine en Russie. «On a assez d’expérience pour savoir ce qui aurait pu se passer», a souligné son adjoint Guy Stéphan la semaine dernière.

Mais voilà: ce sont là deux de ses principaux faits d’armes, et sa marque: au pied du mur, l’équipe de France sait faire le dos rond et s’imposer. Après un revers 2-0 à Kiev en qualifications du Mondial-2014, et au sortir d’une phase de poules laborieuse sur le plan du jeu dans le second, achevée dans un ennui charriant toutes les nuances de gris contre le Danemark (0-0).

Autre prouesse, la victoire 2-0 contre les champions du monde allemands en demi-finale de l’Euro-2016, qui avaient pourtant bien secoué les Bleus. C’est sa patte: tant pis pour la maîtrise, tout pour la gagne. Il a ainsi parfois été brocardé pour le jeu parfois terne de son équipe, ou sa frilosité, une forme de conservatisme attachée à des statuts. Mais les résultats plaident pour lui. A confirmer pour de bon dimanche à Moscou.

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