Immeubles effondrés à Marseille : la vétusté du quartier de Noailles en question

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Le quartier de Noailles, à Marseille, où se sont effondrés lundi matin deux immeubles mitoyens, compte près de 50% de bâtiments dégradés ou insalubres.

Dans la rue d’Aubagne, en plein centre de Marseille, le temps est suspendu. Les marins-pompiers fouillaient lundi les décombres de deux immeubles vétustes qui se sont effondrés dans la matinée, à la recherche d’éventuelles victimes. Les deux bâtiments mitoyens écroulés se situent dans une rue commerçante d’un quartier défavorisé de la cité phocéenne, le quartier de Noailles, connu pour la vétusté de ses immeubles.

Près d’un immeuble sur deux dégradé

Ce quartier, le plus dense de la ville, compte en effet près d’un immeuble dégradé, voire insalubre, sur deux. Une expertise, établie en 2013 par un cabinet d’architectes et commandée par la Soleam, la société publique locale d’aménagement de la Ville de Marseille, rapportait alors que 48% des immeubles du quartier étaient indécents ou dégradés, dont 20% en procédure d’insalubrité ou de péril. Seuls 11% se trouvaient dans un bon état structurel. Cette expertise devait ensuite servir de feuille de route à la Ville, qui a engagé un projet de réhabilitation du quartier, toujours aujourd’hui en phase d’étude, rappelle le site Marsactu.

« La pierre se transforme en sable »

« Le bâti d’aujourd’hui est obsolète, dans l’habitat comme dans la configuration des immeubles. Ce sont des immeubles avec des logements petits, étroits, sombres. Le bâti en lui-même est en pierre meulière, qui au fil du temps se transforme en sable… Et les planchers en bois sont pourris », commente auprès d’Europe 1 Éric Baudet, architecte urbaniste à Territoires et Habitat, qui a participé à l’élaboration de l’expertise.

« Les propriétaires font le minimum de travaux »

Le quartier de Noailles abrite qui plus est des bâtiments très anciens, datant de près de 200 ans, et pas toujours bien entretenus par leurs propriétaires. « C’est un quartier emblématique de Marseille, très vivant, très attachant, mais aussi d’une grande pauvreté. Les locataires vivent de minimas sociaux, les propriétaires louent au prix des APL (aide au logement) et font le minimum de travaux, voire aucun. Et ça se dégrade lentement », constate encore Éric Baudet.

Des images d’un des immeubles effondrés lundi matin, révélées par La Provence, montrent l’état de vétusté dans lequel se trouvait il y a une semaine à peine le bâtiment, situé au n°63 de la rue d’Aubagne. L’immeuble était depuis 2008 sous le coup d’un arrêté de péril, – pris par la mairie lorsqu’un immeuble est déclaré dangereux -, et avait ainsi été évacué, fermé, muré et sécurisé, assure la mairie.

Inertie des pouvoirs publics ?

Un rapport, réalisé en 2015 par l’inspecteur général honoraire de l’administration au développement durable, centré cette fois sur le logement indigne dans l’ensemble de la cité phocéenne, épinglait pourtant la politique de la Ville et de l’État contre l’habitat insalubre. Il pointait notamment du doigt « l’insuffisante coordination des acteurs » ou encore la « mauvaise utilisation de la boîte à outils de la lutte contre l’habitat indigne », rapportait alors Marsactu. Si des immeubles du quartier de Noailles ont déjà été réhabilités par des propriétaires privés, la mairie en a pour sa part préempté plusieurs, et est en train d’en acquérir d’autres, afin de reprendre la main sur leur rénovation.

Enquête en cours

Si les raisons de l’effondrement des deux immeubles de la rue d’Aubagne restent encore à éclaircir, des élus de l’opposition ont mis en avant d’emblée le caractère vétuste du quartier de Noailles. De son côté, la mairie suppose que « ce dramatique accident pourrait être dû aux fortes pluies qui se sont abattues sur Marseille ces derniers jours ». Une hypothèse plausible pour Éric Baudet, qui pointe aussi la « mauvaise qualité du sol » et la mitoyenneté des immeubles.

« Les immeubles se tiennent les uns aux autres. Donc s’il y a un problème sur l’un, il y a un effet domino. (…) Pour qu’un immeuble s’effondre, un mur doit rompre d’un coup, ou la portance du sol doit lâcher d’un coup. Et une fois que le sol tombe, le mur tombe car c’est du sable (…) Les fortes pluies ont pu affaiblir la portance des murs, faisant descendre les murs des immeubles », illustre l’architecte, pour qui la catastrophe de la rue d’Aubagne était « prévisible ». Une enquête est en cours pour déterminer les causes de la catastrophe.

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